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culturepopulaire:nyarlathotep

Nyarlathotep

2007, par Rotomago, Julien Noirel, éd. Akileos.

Cet être énigmatique et aux multiples apparences a donc droit à sa propre BD. Rotomago et Noirel nous livrent un très bel album aux dimensions imposantes. Le Chaos Rampant n'est pas une divinité stupide et bestiale, il est raffiné et calculateur ; les auteurs ont donc choisi le roman graphique pour transposer la nouvelle de Lovecraft. Le texte original n'a pas été retouché mais adapté et découpé en cases. Présentée en voix off (pas de philactères), la nouvelle s'accompagne de très belles illustrations à la palette de couleurs réduite (bruns, gris, oranges) qui reprennent le propos dans le contexte de l'époque (les années 20). Le style classique rappellant les vieilles illustrations imprimées, est pertinent : l'angoisse succède à l'inquiétude, le terrifiant succède à l'anormal.

Peu à peu, on glisse dans l'indicible, magnifiquement rendu par Noirel dans des planches finales d'une grande beauté cosmique. Chaque mot du texte de Lovecraft semble trouver un écho pictural dans les cases, sans devenir risible ou ridicule. L'effroi provoqué par Nyarlathotep est tangible dans les visages, les attitudes, l'ambiance. Une très belle oeuvre, malheureusement trop courte et qui peut ne pas plaire à tout le monde par ses partis-pris figuratifs plus que narratifs.

Certainement l'une des meilleures adaptations de l'univers de Lovecraft en bande dessinée; personnellement je considère cet album comme un petit joyau dont on ne se lasse pas d'apprécier les qualités non seulement graphiques, mais aussi une ambiance désespérée et surnaturelle à souhait.

Interview ( http://www.actuabd.com/Julien-Noirel-M-attaquer-a-une-reference-comme-Lovecraft-etait-excitant)

Julien Noirel : « M’attaquer à une référence comme Lovecraft était excitant »

Le dessinateur de l’envoûtant Nyarlathotep méritait bien un coup de projecteur. Petite présentation d’un artiste aux influences aussi diverses que variées.

Nyarlathotep est une adaptation, entre bande dessinée et illustration, d’une courte nouvelle de H.P. Lovecraft. Avec le scénariste Rotomago, Julien Noirel signe ici son premier album.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler dans la bande dessinée ?

J’ai toujours dessiné, plutôt en dilettante, mais j’ai finalement décidé de m’y mettre sérieusement il y a environ deux ans. Après deux projets qui n’ont pas trouvé preneur, j’ai rencontré Rotomago au festival de Saint-Malo, où il m’a proposé de collaborer sur Nyarlathotep. Akiléos, pour qui il avait déjà travaillé sur U-29, a rapidement dit oui.

Vous y intéressez-vous depuis longtemps ?

J’en ai toujours lues, traversant plusieurs périodes, des Strange de mon enfance aux BD européennes pour adultes des années 80.

Julien Noirel : « M'attaquer à une référence comme Lovecraft était excitant »

Qu’est-ce qui vous attiré sur ce projet d’adaptation de Lovecraft ?

Tout d’abord, ce sont l’enthousiasme et l’assurance de Rotomago qui m’ont persuadé que c’était un projet qui tenait la route. Sa vision était claire et si ça me paraissait évident, alors il en serait de même pour les éditeurs et le public ! Ensuite, m’attaquer à une référence comme Lovecraft était assez excitant. Et puis, il y a les thèmes comme les bouleversements sociaux, l’arrivée d’un homme providentiel, la perte des repères entre la réalité et le cauchemar et le récit qui se dirige inexorablement vers l’abîme… Tout cela me parlait et titillait mon imagination.

Comment avez-vous travaillé ? Le scénariste a-t-il écrit cette narration graphique entre illustration et bande dessinée, ou cela vient-il de vous ?

Le découpage est de Rotomago et il était plutôt précis. Pour ma part, je me suis concentré sur la narration interne de chaque page, en choisissant les cadrages et en m’assurant que l’œil circule bien. Je me suis également occupé de la variation des plans, des angles de vue et de l’esthétique générale, notamment dans la couleur. Mais mon but était que nous soyons tous les deux d’accord et que personne ne soit frustré. Cela a généré quelques âpres discussions, mais on finissait toujours par trouvé un compromis, pour le meilleur je crois !

Votre dessin est clairement influencé par celui de Richard Corben. Vous reconnaissez-vous d’autres influences ?

C’est vrai, si je devais appartenir à une église, ce serait celle du grand Corb ! C’est dur d’être aussi fan et va falloir un jour que je fasse ma crise d’adolescence pour tuer le père ! Je n’ai pas d’autre influence consciente, même si au long de mes années de bédéphile, j’ai apprécié le travail de beaucoup de dessinateurs. En vrac : Bolland, Crumb, Gibbons, Neal Adams, John Byrne, Manara, Tardi, Miller, Pratt, Liberatore… À vrai dire, je pense que je puise davantage mes images mentales dans le cinéma des Lynch, Friedkin, Cronenberg, Verhoeven ou encore Carpenter, que dans la BD.

Puisque vous vous y intéressez, quels BD ou auteurs qui vous semblent importants en ce moment ?

Je lis moins de BD ces temps-ci, mais dernièrement, j’ai apprécié The Originals de Dave Gibbons et adoré WE3 de Grant Morrison et Frank Quitely. De ce côté-ci de l’Atlantique, je me jette toujours sur le dernier Tardi et je continue à suivre avec plaisir Le Cycle de Cyann de Bourgeon. Sinon, je conseille très fortement de lire Black Hole de Charles Burns.

Quels sont vos projets ?

J’ai plusieurs pistes, mais rien de concret pour le moment. J’aimerais faire quelque chose d’assez différent de Nyarlathotep, explorer d’autres univers. L’idéal serait de démarrer un nouveau projet au printemps, si je trouve une bonne histoire et un éditeur, évidemment !

Autre lien:

http://www.tentacules.net/index.php?id=2206

culturepopulaire/nyarlathotep.txt · Dernière modification: 2021/05/09 18:42 (modification externe)